L’Hôtel-Dieu à livre ouvert
Investigations archéologiques sous la future bibliothèque métropolitaine de Clermont-Ferrand
Entre novembre 2020 et août 2022, une fouille préventive a permis d’explorer le cœur historique de Clermont-Ferrand. Inscrits dans le projet d’aménagement de la nouvelle Bibliothèque métropolitaine et financés par Clermont Auvergne Métropole, les travaux ont investi le complexe de l’Hôtel-Dieu, ancien centre hospitalier et bâtiment emblématique de la ville (fig. 1), datant des années 1770. Les archéologues ont découvert une portion de la ville romaine, ainsi que les vestiges très bien conservés d’un faubourg médiéval et moderne situé au sud de l’agglomération.
Aux origines de Clermont-Ferrand
La fouille se situe sur le versant sud-ouest de la butte volcanique de Clermont-Ferrand, où la ville d’Augustonemetum est fondée à l’aube de notre ère. Le site aurait été choisi avant tout en raison de son potentiel scénographique, que les architectes et urbanistes romains ont savamment mis à profit à travers une organisation en terrasses et une trame orthogonale, encore partiellement lisible dans la ville actuelle. La mise en scène se joue aussi sur les reliefs alentours, où sont placés des lieux de culte, sur lesquels prime le grand temple de Mercure au sommet du puy de Dôme.
Ni centre-ville, ni banlieue
L’exploration du futur « jardin de lecture » a livré une portion d’urbanisme située à la frange sudoccidentale de la ville antique (fig. 2). Nous nous trouvons en bordure d’un îlot ouvrant sur une rue d’axe nord-sud, généralement considérée comme la limite ouest du centre urbain. Équipée d’abord d’un fossé bordier, puis d’un collecteur maçonné, la voie est doublée par un ample trottoir en terre battue, qui prendra ensuite la forme d’un portique, faisant l’articulation avec l’espace bâti attenant.
Espaces de travail et lieux d’habitation
De ce noyau de construction, on ne peut observer que la partie sur rue, où se trouvent des espaces voués à des activités artisanales et/ou commerciales (fig. 3). Les lieux d’habitation étaient sans doute à l’arrière, voire à l’étage. L’ensemble du mobilier mis au jour nous situe entre le début du Ier et le milieu du IIIe siècle de notre ère (fig. 4). Le site sera ensuite abandonné, à l’exception de la voie, qui continue à fonctionner après l’incendie et la démolition du portique.
Un nouvel essor à la fin du Moyen Âge
Après plusieurs siècles d’abandon, un nouveau quartier est bâti à l’extérieur du rempart médiéval dans la seconde moitié du XIVe siècle. C’est à l’est du site, dans la Cour d’honneur, que cette phase architecturale a laissé les traces les plus tangibles (fig. 2). Les orientations demeurent celles de l’époque romaine. L’espace est structuré par un chemin nord-sud, cerné par des parcelles abritant un ou plusieurs bâtiments. La plupart d’entre eux comportent un fond excavé encadré par des murs en pierre sèche. De l’autre côté du site, en contrebas, le tracé de l’ancienne voie romaine est probablement emprunté par un chemin rural.
Le faubourg moderne
plus tard, avant la moitié du XVe siècle. Son empreinte conditionnera néanmoins fortement le développement de la ville moderne. Entre la fin du XVIIe et le milieu du XVIIIe siècle, l’infrastructure urbaine demeure ainsi celle du Moyen Âge. On distingue plusieurs lotissements mêlant constructions, espaces ouverts et structures hydrauliques (fig. 2, 5, 6 et 8). Dans leur ensemble, ces biens seront rachetés durant les années 1760, pour faire place au nouvel Hôtel‑Dieu, déménagé depuis son ancien emplacement du quartier des Gras (fig. 1 et 7).
La fouille comme point de départ…
La moisson d’informations recueillie par l’équipe d’Archeodunum pendant 10 mois de terrain apporte un nouvel éclairage sur la très longue histoire de ce quartier clermontois. Rendez-vous donc au laboratoire pour la suite des investigations ! Une quinzaine de spécialistes de différentes disciplines vont mener des études pour affiner les données du terrain. Tous les résultats seront synthétisés dans un rapport qui sera ensuite remis à l’État.
Opération d’archéologie préventive conduite de novembre 2020 à août 2022 à l’Hôtel-Dieu de Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme), en préalable à la création d’une bibliothèque.
Prescription et contrôle scientifique : Service régional de l’archéologie d’Auvergne-Rhône-Alpes.
Maîtrise d’ouvrage : Clermont Auvergne Métropole
Opérateur archéologique : Archeodunum
Responsable :Marco Zabeo
Équipe de terrain
- Marco ZABEO* (RO)
- Miguel RODRIGUEZ*
- Killian BLANC*
- Cindy CAUSSE*
- Thomas CERISAY*
- Léa CHAUTARD
- Clément CHAVOT*
- Marion COUVREUR
- Laura DARMON*
- Thibaut DEBIZE
- Elsa DIAS*
- Kathleen DUPINAY
- Sylvain FOUCRAS
- Lisa GUICHARD-KOBAL
- Lucas GUILLAUD
- Fabien HUGUET
- Julie JAVALOYES
- Stéphane MARCHAND*
- Elio POLO
- Vincent RAULT*
- Thierry REPELLIN*
- Jeanne-Hubertine VENEL
* Terrain et Post-Fouille
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Équipe de post-fouille
- Sylvain FOUCRAS
- Lucile CATTÉ
- Sandra CHABERT (INRAP)
- Camille COLLOMB
- Julien COLLOMBET
- Arnaud COUTELAS (ENS, UMR 8546 AOROC, Chercheur associé)
- Aurélie DUCREUX
- Laurie FLOTTES
- Sylvain FOUCRAS
- David GANDIA
- Amaury GILLES
- Anne-Julie LEBLANC
- Geoffrey LEBLE
- Alexandre POLINSKI
- Cécile RIVALS
- Sandrine SWAL
- Jean-Pierre COUTURIÉ † – Pierre BOIVIN – Gérard TORRENT (Université Clermont Auvergne, CNRS, IRD, OPGC, LMV)