5000 ans d’histoire à Luyères
C’est au cours de l’été 2023 qu’une équipe d’Archeodunum est intervenue au cœur du village de Luyères (Aube). Il s’agissait d’explorer une surface de 15 000 m2, en préalable à la construction de nouveaux logements par la mairie. Durant quatre mois, Arthur Tramon et son équipe ont fouillé et documenté plus de 450 structures, datées d’une très large période allant du Néolithique au XVIIe s. Cette opération aura permis de découvrir un habitat palissadé de l’âge du Bronze final, encore inédit en Champagne, et de remonter aux origines médiévales du village de Luyères.
Au Néolithique, fosses de chasse et coquillages
Les vestiges les plus anciens du site de Luyères sont trois grandes fosses datées de la fin du Néolithique (2800-2500 av. J.-C.). Elles présentent une forme caractéristique dite « en Y », de près de 2,50 m de profondeur, avec une ouverture fortement évasée en surface et une partie basse verticale très étroite (40 cm de large) (fig.1). Si la fonction de ces grands aménagements fait encore débat au sein de la communauté scientifique, on pense qu’ils servaient de pièges de chasse. L’étude des coquilles de mollusques (la malacologie) retrouvées dans les comblements a permis de reconstituer un paysage densément boisé à cette époque : cela permet un peu plus d’imaginer l’utilisation de ces fosses pour la capture des animaux forestiers, notamment des grands herbivores sauvages tels que les cerfs ou les aurochs.
Un village palissadé de l’âge du Bronze
Le site de Luyères est ensuite occupé par un habitat du Bronze final, entre 1400 et 800 av. J.-C. (fig. 2). Les archéologues ont reconnu plusieurs grands bâtiments de 25 à 50 m² (5 x 5 m à 5 x 10 m), construits sur 6 à 9 poteaux porteurs. On restitue des habitations à toiture de chaume à deux ou quatre pans (fig. 3). Découverte dans une de ces maisons, une applique de ceinture en bronze a permis de préciser la datation de l’habitat (fig. 4).
Deux des bâtiments se trouvent à l’intérieur d’une grande enceinte ovalaire de près de 7500 m² (fig.2). Son tracé prend la forme d’un fossé ayant accueilli une palissade et, probablement, des sections de murs en terre crue.
À l’extérieur de l’enceinte, on a trouvé plusieurs greniers sur 4 poteaux, ainsi que trois silos ayant servi au stockage enterré des récoltes (fig. 5). L’un d’eux a livré une très grande quantité de céramiques datées de la fin du Bronze final (fig. 6). L’habitat est accompagné de vastes fosses dites « polylobées », résultant de l’extraction des matériaux utilisés pour les maisons ou les céramiques.
Le village médiéval et moderne de Luyères
Deux millénaires plus tard, des vestiges datés du XIIIe s. ap. J.-C. (fig. 2) se rattachent à la partie sud du village médiéval de Luyères : treize bâtiments semi-enterrés et six caves, accompagnés de trois silos et de deux petits bâtiments sur poteaux, probablement des greniers surélevés (fig. 7). Certains bâtiments pourraient avoir des fonctions artisanales spécialisées, comme le tissage ou la mouture des grains (fig. 8). La disposition et l’orientation des constructions, selon un axe ouest-est bien marqué, évoquent la présence de plusieurs rues, qui se raccordaient à l’origine à la rue principale du village de Luyères (rue Louis Doé / D8).
Enfin, à la fin du XVIe s. et au début du XVIIe s. (fig. 9), l’occupation de Luyères se décale vers l’est en direction du ruisseau de la Barbuise. 18 bâtiments semi-excavés ont été découverts. Plus grands qu’à la période précédente, ils sont dotés d’une marche d’angle (fig. 10). Leurs sols sont en craie damée. On trouve aussi une grande carrière d’extraction de matériaux de construction (grave de craie). Pas moins de 18 puits, maçonnés en partie supérieure (fig. 11), de 5 à 8 m de profondeur, ont livré des éléments de bois, dont quelques pièces d’architecture.
Et après ?
À l’issue du chantier, la mairie de Luyères a repris possession du terrain pour la suite de son projet d’aménagement. Côté archéologie, nos experts étudieront l’ensemble des données recueillies (photos, dessins, objets, etc.) afin de comprendre au mieux l’articulation de toutes ces périodes sur le secteur de Luyères au cours du temps. Tous les résultats seront synthétisés dans un rapport de fouille abondamment documenté.
Opération d’archéologie préventive conduite en été 2023 sur la commune de Luyères, au lieu-dit « Le Village », en amont d’un projet de lotissement porté par la mairie de Luyères.
Prescription et contrôle scientifique : Service régional de l’archéologie Grand Est.
Maîtrise d’ouvrage : Mairie de Luyères
Opérateur archéologique : Archeodunum (Responsables : Arthur Tramon)
Équipe de terrain
- Arthur TRAMON (RO)*
- Laura CARBONE*
- Guillaume LEPINE*
- Pierre CARGOUET
- Gillian FILIZ*
- Kevin DIXON
- Chloé PAVEGLIO
- Annelise JUILLARD LEBOUVIER
- Adrien POUMIRAU
- Sébastien LARATTE*
* Terrain et Post-Fouille

Équipe de post-fouille
- Katinka ZIPPER
- Jonathan SIMON
- Quentin ROCHET
- Clément CHAVOT
- Clément TOURNIER
- Émilie MERVEILLEUX
- Julien COLLOMBET
- Geoffrey LEBLE
- Sylvain FOUCRAS